By Chloé Burette

Vous demandez vous pourquoi certaines personnes traversent le quotidien avec sérénité quels qu’en soient les écueils quand d’autres voient leur équilibre mis en péril à la moindre contrariété. Parce que le bien-être est avant tout une question d’entraînement, un état pour lequel nous avons plus ou moins d’aptitudes, mais qui peuvent être accrues grâce à un travail personnel. 

Au cours du 20e siècle, la psychologie a fait d’importantes avancées pour accompagner notamment la dépression, l’anxiété, les troubles obsessionnels-compulsifs ou encore les troubles des conduites alimentaires. Puis en dressant le bilan de ces progrès, au tournant du millénaire, les psychologues Martin Seligman et Mihaly Csikszentmihalyi, des universités de Pennsylvanie et Claremont, ont souhaité impulser un nouvel élan à la recherche : élargir les perspectives en s’intéressant au développement humain, prendre davantage en compte des sujets alors peu étudiés tels que la créativité, l’ouverture d’esprit ou l’altruisme.

À travers ces recherches empiriques, la psychologie positive constitue ainsi une orientation récente centrée sur l’étude des déterminants du bien-être et sur les caractéristiques individuelles, collectives et institutionnelles permettant de faire face aux défis rencontrés par les personnes et les sociétés.

La psychologie positive est une discipline de la psychologie fondée officiellement en 1998 lors du congrès annuel de l’association américaine de psychologie par son président de l’époque, Martin E.P Seligman. Cependant, la psychologie positive a des racines plus anciennes. Elle ne doit pas être confondue avec la pensée positive, une pseudoscience  basée sur l’autosuggestion, faisant l’objet de nombreux best-sellers vendus à des millions d’exemplaires à travers le monde depuis les années 1950.

La psychologie positive s’intéresse surtout à la santé et au bien-être, à ce qui rend les humains résilientsheureuxoptimistes, plutôt qu’aux sources des psychopathologies. L’hypothèse de la psychologie positive est qu’en étudiant pourquoi et comment certains animaux et certaines personnes surmontent mieux que d’autres les difficultés de la vie, il sera possible de trouver des moyens de développer ces qualités chez tout un chacun.

En effet, nous sommes ici pour être heureux, et c’est notre chemin. L’ère du « métro/boulot/dodo » sans mettre de sens est révolue. L’humain évolue vers de nouvelles ambitions tournées vers le plaisir et l’envie de profiter de son bonheur personnel. Notre bonheur dépend de nous et de notre envie de nous trouver, de faire ce pour quoi nous sommes faits, de nous épanouir quotidiennement. Notre vision de la vie affecte notre bonheur. Une des principales sources de celui-ci provient de notre capacité à considérer la vie comme belle plutôt que dure, compliquée voire dangereuse.

Désormais, dépassons le concept du verre à moitié vide ou à moitié plein. Face à une situation identique certains y verront le côté positif, tandis que d’autres auront tendance à voir ce qui ne va pas. Les personnes positives et optimistes sont plus heureuses, elles sont dans ce fameux cercle vertueux. Alors que les situations négatives ont tendance à s’acharner sur les gens de nature négative, ce qui leur donnent d’ailleurs de bonnes raisons pour se méfier et continuer à voir ce qui ne va pas, elles se placent ainsi dans un cercle vicieux. En psychothérapie, le fait de transformer une situation négative en positive, s’appelle un recadrage. La chose perçue reste la même, or c’est le point de vue qui change.

Une situation n’est pas nécessairement positive ou négative. Une situation se caractérise selon la perception de chacun. C’est nous qui allons créer notre point de vue. En outre, qu’importe la situation, aussi grave soit elle, c’est nous même qui allons choisir notre vision et comment nous voulons interpréter le moment.

D’ailleurs, en fonction de nos croyances, de nos expériences, de notre vision sur le monde et de notre éducation, nous avons un point de vue sur les situations et une normalisation de celle-ci. Nous appelons cela les filtres mentaux. Ces normes, aussi nombreuses soient-elles, n’appartiennent qu’à nous. Elles sont bien entendu très subjectives et dictent ce qui est positif et ce qui est négatif.

Nous sommes ainsi sous l’emprise de nos croyances profondes, acquises dans l’enfance et qui telles des méta-programmes surdéterminent nos perceptions actuelles de surface : nos expériences présentes sont traduites et interprétées par les filtres mentaux qui se sont peu à peu élaborés dans notre psychisme.

Lors de l’enfance, nos frustrations nous ont renseigné sur notre relative impuissance à changer les circonstances. Ensuite l’expérience quotidienne nous a confirmé ces enseignements biaisés, et peu à peu une partie d’entre nous s’est constituée en victime. Ces personnes ont mis en place divers types de scénarios de réponse à cette vision de la vie, induite par les croyances des filtres mentaux. C’est ce mécanisme d’auto-confirmation de notre cadre de référence, qui permet à notre système une relative solidité et stabilité.

Au départ, l’objectif des filtres mentaux est de rendre performantes nos réactions ordinaires par l’automatisation des tâches. Cependant, notre cadre de référence est limité. Le problème c’est qu’à cause de ces filtres, on ne vit plus la vie directement, parce qu’ils prennent toute la place. Ainsi, on ne vit plus qu’à travers eux, faits de pensées et d’émotions.

Les filtres mentaux sont un système mental de classement (inconscient et involontaire), comme un réseau de souvenirs d’expériences vécues et d’impressions ressenties, qui se superposent à notre vision du monde, pour associer les nouvelles expériences des anciennes. Le but est de renforcer les enseignements qu’on en a précédemment tirés. Ces filtres sont utiles, ils permettent de mécaniser certains comportements, qui n’ont pas besoin d’être réinventés à chaque fois. La faille est que nous sommes également prisonniers de ces filtres mentaux, au point qu’ils déforment nos perceptions sans que nous nous en rendions compte.

En effet, la psychologie positive base toutes ses recherches sur ce concept de vision de la vie et démontre scientifiquement que le bonheur est plus présent chez les personnes qui choisissent d’arrêter de se positionner en tant que victime et qui décident de regarder la vie autrement.

Si au fond de nous, nous avons tous cette intime conviction de savoir ce que nous voulons, de savoir ce que nous aimerions faire, très peu d’entre nous sont réellement capables de s’écouter pleinement. C’est la raison pour laquelle la vie nous guide sous la forme d’événements qui nous poussent à faire des choix et à nous réorienter. Elle nous démontre tout ce qui est nécessaire pour nous, tout ce dont nous avons besoin pour nous rapprocher continuellement de nous-même pour être plus heureux(se). Ce qui peut parfois être difficile à accepter lors d’événements tragiques, cependant ces événements appartiennent au passé, et ruminer ou vivre au travers n’améliorera pas la situation. C’est en cela que la vie nous veut du bien. Ce qui nous arrive n’est pas une punition, bien au contraire, cela nous permet véritablement de grandir, de progresser, d’apprendre, de nous trouver, de mettre en place dans nos vies ce qui a du sens pour nous.